Je ne sais pas toi, mais moi pendant longtemps j’ai eu une image très romantique de l’écrivain. Pas le romantisme rose bonbon façon couverture de roman Harlequin hein, non le vrai romantisme, celui tourmenté, solitaire, qu’aucune miette de bonheur ne peut atteindre. Un homme torturé (et pas une femme note bien, à part peut-être George Sand) avec des graves problèmes d’addiction. Ou d’argent. Ou le plus souvent, les deux ! Un homme qui, grâce à la somme de tous ses problèmes, devient un génie littéraire et crée une œuvre monumentale. Façon Balzac, Zola ou Hugo.

Voilà l’image qui me venait lorsque je pensais au « métier » d’écrivain. Engageante n’est-ce pas ? C’est certain, cela n’a pas du m’encourager à m’envisager comme tel. Je parle au conditionnel car en vérité, jusqu’à peu, je n’y pensais même pas, c’était une autocensure le plus souvent inconsciente.

L’histoire que racontait cette autocensure était la suivante :

  • je suis beaucoup trop ordinaire et ma vie bien trop calme pour avoir un tel destin. Ne serait-ce que pour avoir quelque chose d’intéressant à raconter.
  • j’aime écrire, c’est vrai, c’est mon moyen de communication préféré mais je pense qu’au mieux je pourrais devenir pigiste pour écrire le courrier des lecteurs d’un magazine pour adolescents. Ou y répondre. Dans les deux cas, ce n’était pas très glorieux et surtout pas vraiment intéressant.
  • l’un ou l’autre me dit parfois que j’ai un joli style. Hum. Là immanquablement je juge sévèrement mon interlocuteur sur ses capacités d’appréciation. C’est une certitude, il n’y connait rien.

Tu imagines alors le gros travail de démystification et d’acceptation qu’il m’a fallu faire pour être assise aujourd’hui devant mon ordinateur, à écrire cet article que je publierai sur mon blog et diffuserai sur les réseaux sociaux. Une partie de ce travail je l’ai faite grâce au premier chapitre du livre de Julia Cameron « Libérez votre créativité », dans lequel elle nous invite à cerner nos croyances à propos des artistes pour pouvoir ensuite nous en débarrasser. J’ai pu mettre en lumière cette vieille image romantique et peu à peu (cela reste un travail de chaque jour) m’en éloigner.

Quand j’ai commencé à comprendre que l’écriture avait un rôle plus important à jouer dans ma vie que celui que je lui accordais j’ai écouté et lu de nombreuses interviews d’autres écrivains. Je les ai choisi plus proches de moi que ceux de mon imagerie d’antan. J’ai aimé écouter Philippe Djian, Martin Winckler, Daniel Pennac ou encore Bernard Werber parler de leur métier, de leur façon de travailler et de vivre au quotidien leur écriture. J’ai aimé qu’ils vivent de leur plume et aient beaucoup de succès sans pour autant vivre un enfer ou être noyé dans les addictions.

Ils m’ont permis de me mettre en route, loin des figures beaucoup trop impressionnantes de mon Lagarde et Michard de lycéenne. Voilà les enseignements que j’ai glané tout au long du chemin et qui me portent chaque jour pour écrire :

  • la perfection est l’ennemi de la création. Si tu as une idée, fais de ton mieux pour lui donner vie. Il sera toujours temps de l’améliorer plus tard lorsque tu seras plus avancé.
  • c’est en écrivant que l’on apprend à écrire (et en lisant aussi). Alors commence à écrire, et ne t’arrête plus ! Écris ce que tu veux, mais écris !
  • écrire un roman ou un essai demande du travail et surtout de la rigueur. La plupart des auteurs que j’ai pu lire ou écouter ont une routine d’écriture quotidienne à laquelle ils ne dérogent que très peu.
  • trouver ses lecteurs peut demander du temps… la persévérance est peut-être la qualité le plus importante à cultiver pour être publié un jour !

Ces enseignements peuvent se transposer à beaucoup d’apprentissages et n’ont rien d’exceptionnel. Mais l’écriture a un statut tellement à part, en France notamment, que cela fait du bien de se le rappeler.

Je ne me sens pas encore écrivain. Je ne le pense même pas. Je dis : « j’écris ». Ou « je suis auteur ». Mais plus les textes s’accumulent dans mon ordinateur, plus les résistances tombent et plus je ressens le plaisir de faire ce que je fais. Alors peu importe les mots et les images., Et toi, comment vis-tu ta relation à l’écriture ?

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