Au départ je voulais titrer cet article, « Histoire d’un échec parmi tant d’autres… ». Et puis, au fil de mes réflexions, je me suis ravisée. J’ai voulu rester sur une note positive, une note d’espoir, pour mon fiston déjà (même s’il ne lira sans doute pas cet article, mais ne sait-on jamais) et pour moi aussi… parce qu’à ce qu’il paraît rien n’est jamais perdu, et je veux bien le croire.

Cet article n’est pas un plaidoyer contre l’école même si on pourrait le prendre comme tel. Je ne le veux pas ainsi, parce que l’école est multiple, l’école est parfois extraordinaire, l’école fait souvent ce qu’elle peut et s’il y a des responsables à cet échec, pardon, à cette flamme éteinte, soyons-en sûrs ils naviguent dans des sphères où mes articles ne seront jamais lus !

Cet article est simplement une  histoire de parcours d’élève parmi tant d’autres, que je raconte pour calmer cette petite colère que je sens gronder en moi  et pour me préparer psychologiquement à la rencontre parents-professeur de la semaine prochaine.

Rien de grave dans cette histoire rassurez-vous. Une simple expérience. Un simple constat que j’ai eu envie de partager avec vous aujourd’hui.

Parce qu’aujourd’hui, à l’heure même où je vous écris, mon fils prend son premier cours particulier de mathématiques. Tout ça pour ça me direz-vous ? Oui, je vous avais prévenu que ce n’était pas très important. Mais il y a quelques années, si on m’avait dit qu’un jour mon fils aurait besoin d’un cours particulier de maths j’aurais éclaté de rire. Si on l’avait dit à son instituteur de CM2 ou à sa prof de sixième aussi. Même à sa prof de troisième qui disait qu’assurément, il avait l’âme d’un scientifique. Et pourtant…

Pendant toute sa scolarité en primaire mon fils a été en amour avec les mathématiques. Vraiment. Sincèrement. Il adorait ça. Je me suis rendue compte que ça allait être une partie de plaisir pour lui, lors de l’anniversaire des onze ans de sa sœur. Il en avait donc trois. Elle avait invité quelques copains et on avait organisé entre autres le jeu de la tablette de chocolat, le jeu le plus simple et le plus efficace de la terre pour mettre de l’ambiance dans un anniversaire. On emballe une tablette de chocolat de nombreuses couches de papier. Ensuite les participants lancent chacun à leur tour un dé et le premier qui tombe sur 6 enfile un bonnet, une écharpe et des gants (ou autres accessoires au choix de l’organisateur) et commence à ouvrir la tablette de chocolat à l’aide d’une fourchette et d’un couteau. Pendant ce temps, le dé continue à tourner et dès qu’un autre participant sort un 6 c’est à son tour de martyriser la pauvre tablette dans l’accoutrement sus-nommé. Le jeu se passe donc, l’anniversaire aussi et le soir, une fois le dernier invité parti, je retrouve Alexis, par terre dans le salon, en train de lancer le dé avec passion et de crier 6 à chaque fois qu’il sort (moralité pas besoin de tablette de chocolat ah ah!). En discutant avec lui je me rends compte que dans l’après-midi, juste en observant le jeu, il a mémorisé toutes les constellations du dé. Ainsi apprennent les petits derniers n’est-ce pas ?

flamme

Tous ses apprentissages en mathématiques se sont fait ainsi d’une manière fluide et bien souvent avant que l’école ne lui en parle, juste parce qu’il était curieux et qu’il avait du monde autour de lui pour répondre à ses questions. Je me souviens qu’il me disait, alors que je lui parlais de ses devoirs : « mais maman, ça ne sert à rien d’apprendre ses tables si on sait compter ! ».

Et il savait compter le bougre, se disputant joyeusement la place de premier avec son copain dans les concours de calcul mental organisés par le maître de CM2.  C’était pas la bosse des maths qu’il avait, c’était une flamme, que dis-je un feu de camp pour les raisonnements et la logique.

Puis est arrivé le temps du collège et avec lui l’ennui. Toujours des bonnes notes, mais la flamme diminuait, diminuait, ne trouvant que peu d’intérêt à faire et refaire ce qu’il avait compris depuis longtemps. Un feu pour vivre doit être alimenté ! Je lui disais d’attendre la quatrième et les célèbres Pythagore et Thalès… Mais il n’en fit qu’une bouchée et se sentit trahi même par tant de facilité. Et déjà il ne restait que des braises du beau feu de camp. Je n’entendais plus parler des mathématiques. Je n’entendais plus son plaisir à calculer, à raisonner.

Aujourd’hui, après une première S avec un professeur de mathématiques bancal comme on en rencontre parfois dans sa scolarité, de ceux qui ne tiennent pas une classe et n’arrivent qu’à la moitié du programme en fin d’année, le réveil en terminale est plus que difficile. Avec une prof élitiste et qui elle, a bien l’intention de le terminer ce fichu programme, sans son feu de camp ni même une minuscule flamme, sans aucune méthode de travail parce qu’à aucun moment dans sa scolarité il n’a été stimulé au point de devoir travailler, et avec son bagage de lacunes hérité de la première, il finit le trimestre avec une confiance en soi au ras des pâquerettes, aussi basse que sa note de mathématiques.

J’ai du parlementer avec lui de longues semaines pour qu’il accepte ces fameux cours particuliers. Pas parce qu’il avait la flemme comme je l’ai cru au départ, mais parce que ça le touchait en plein dans son estime de soi : « maman, tu te rends compte, moi, prendre des cours particuliers en maths, j’avais 18 de moyenne en seconde, c’est quand même trop la honte non ? »

Voilà. Une petite histoire de rien du tout. Avec l’espoir qu’en tête à tête avec un amoureux des mathématiques, il puisse enfin, rallumer sa flamme.

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flamme

Cet article a 2 commentaires

  1. C’est une histoire très émouvante et pourtant si désespérément banale…Parce que les enfants sont des petits êtres pleins de promesses et qu’il est si triste de voir la confiance et la passion s’user (l’école…ah, il y aurait tant à en dire…sans idéaliser l’école anglo-saxonne, pour y avoir vécu, et travaillé, les professeurs ont plus à coeur, il me semble, d’y encourager tous les élèves et d’individualiser)
    Il suffit de pas grand’ chose parfois (ou plutôt, une accumulation de petites choses, de « pas de chance ») pour que la passion s’éteigne mais je suis sûre que les braises ne demandent qu’à être ravivées…Gageons que son prof particulier saura lui redonner le goût (heureusement, sa maman est à l’écoute…!)

    1. c’est vrai que l’individu est très peu pris en compte dans l’école à la française, on demande aux enseignants de le faire mais on ne leur apprend pas et on ne leur en donne pas non plus les moyens. Oui oui je croise le doigts, merci Myriam !

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