Ce texte est la chronique sensible du 6 Avril 2018. Si vous souhaitez recevoir une chronique sensible chaque matin, abonnez-vous !

Aujourd’hui au détour d’une conversation sur facebook, je me suis rendue compte que deux personnes qui avaient participé activement à l’un de mes défis « dessin » l’année dernière et s’étaient connues dans ce cadre, continuaient à créer ensemble et à se lancer mutuellement des défis autour du dessin. Ça m’a fait le même effet que lorsque j’assistais aux progrès de mes enfants et qu’ils réussissaient pour la première fois à faire quelque chose sans mon aide. Je leur ai insufflé une envie, je les ai motivées pendant un ou deux mois et maintenant elles volent de leurs propres ailes dans l’univers créatif qu’elles se sont créé .

L’une des choses qui me rend le plus heureuse dans mon travail d’animatrice d’ateliers et de défis c’est lorsque je perçois, derrière l’activité que je peux proposer , l’humanité s’exprimer, les liens se créer et toute la joie que cela libère et le bien-être que cela apporte aux personnes qui peuvent le vivre.

Je n’en avais absolument pas conscience lorsque j’ai commencé à animer des ateliers créatifs. Pendant plusieurs années de suite j’ai organisé deux fois par mois des ateliers de scrapbooking dans mon appartement strasbourgeois qui avait l’avantage d’avoir un immense salon. Enfin, n’allez pas imaginer la galerie des glaces mais il devait mesurer pas loin de trente mètres carrés. Ces jours-là, je bougeais les meubles, j’installais une immense table et je pouvais accueillir jusqu’à huit personnes pour de longues heures de bricolage. J’ai eu une fois un homme, venu pour accompagner sa femme qui est une amie, mais sinon mon public était exclusivement féminin.

Au début j’étais très rigoureuse sur la préparation du matériel, les explications, le fait que chacune réussisse à faire son album et ait accès à tout ce dont elle avait besoin. Cela me paraissait très important et cela l’était bien sûr, mais je me suis vite aperçue que le cœur de mes ateliers, ce qui faisait que ces femmes revenaient un mois après l’autre et pestaient quand elles avaient un empêchement n’était pas vraiment le scrapbooking.

Histoire de sororité

Un soir, l’une d’entre elles (qui est d’ailleurs lectrice de ces chroniques, je suis sûre que tu te reconnaîtras et je te fais des gros bisous) est restée un peu plus longtemps à discuter avec moi. Elle m’a raconté des petits morceaux de sa vie et nous avons échangé sur des problématiques que nous partagions, la vie de maman solo avec de petits enfants (les siens un peu plus jeunes que les miens), la difficulté de faire une rencontre amoureuse dans cette situation, le travail, la fatigue… Et puis elle m’a dit que mes ateliers lui faisaient vraiment du bien, la sortait de cette solitude et du train train usant de la vie.

Petit à petit durant les ateliers et avec l’expérience j’ai réussi à me détacher de la technique et de l’organisation pour observer et écouter ce qui s’y passait vraiment. J’avais là avec moi, des femmes presque toutes mères de famille qui n’avaient guère de temps à se consacrer. Cet après-midi dans mon salon était bien souvent pour la plupart d’entre elles leur pause mensuelle dans une vie bien chargée. Et de les voir ainsi peu à peu se retrouver au fil des ateliers et se raconter, partager ce qui faisait à la fois la beauté et la difficulté de leur vie à travers les photos qu’elles découpaient était un moment vraiment précieux. Ici on pouvait râler tranquillement contre les maris et les enfants tout en leur préparant méticuleusement de jolis albums photos avec amour.

Il y avait aussi une troupe d’infirmières qui travaillaient aux urgences et qui profitaient de l’atelier de scrapbooking pour déverser le trop-plein d’horreurs des derniers jours de garde (et les médecins, surtout les internes, en prenaient aussi pour leur grade au passage). Dans ces presque trente mètres carrés entre la peinture et les chutes de papier, naissait une sororité bienveillante et réconfortante dont j’étais à la fois actrice (moi aussi j’avais mes petites histoires à raconter) et témoin émue.

On pourrait croire que le virtuel efface ce phénomène. Mais ce n’est pas le cas. Je retrouve exactement cela dans mes ateliers d’écriture et dans les groupes facebook. C’est peut-être moins intense et plus difficile à capter mais c’est ici, et c’est une des choses qui me motivent chaque jour à remettre mon ouvrage sur le métier.

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