Hier, comme presque tous les jours, j’ai écouté un épisode de l’une de mes émissions de radio préférée (Les pieds sur terre, sur France Culture, un documentaire d’une demi-heure diffusé du lundi au vendredi à 13h30). Je l’écoute en podcast le plus souvent, à un moment de la journée où je ressens l’envie de faire une pause dans mon canapé, le plus souvent en crochetant ou en découpant des images dans les magazines pour mes futurs collages.

Dans l’émission du jour, deux personnes racontaient comment la radio leur avait sauvé la vie. La première était une jeune fille enfermée dans son appartement par sa mère maltraitante dès l’âge de huit ans avec comme seule ouverture sur le monde extérieur un poste de radio, le deuxième, Hervé Ghesquière, journaliste otage des talibans pendant 18 mois. Il a pu supporter la captivité et la solitude grâce à un petit poste que ses ravisseurs avaient bien voulu lui laisser.

Même si (et heureusement) je n’ai jamais été séquestrée et que je ne peux pas vraiment parler de sauvetage en ce qui me concerne, la radio a été ma fidèle alliée depuis que j’ai environ 13 ans.
Je revois le poste de radio de mes parents, poste qui existe toujours dans l’atelier/garage de mon père. Un gros poste le plus souvent réglé sur France Inter. Mais pour être honnête je ne me souviens que très peu des émissions qu’écoutaient mes parents, en dehors peut-être du jeu des mille francs et sans doute des informations matinales et encore je ne suis pas sûre.
C’est donc vers l’âge de 13 ans que j’ai eu mon propre poste et avec lui, une chambre isolée dans le grenier de la maison qui me permettait d’écouter aussi longtemps que je le souhaitais la radio et mes musiques préférées. A cette époque j’étais branchée sur Radio-Isère (avant que ça s’appelle Radio-France Isère puis France Bleue Isère) et j’écoutais surtout les émissions musicales comme le hit-parade ou une émission le samedi matin qui permettait aux auditeurs de proposer leur programmation en envoyant une carte postale. Un beau samedi, la mienne fut sélectionnée et ma playlist diffusée en plus de mon interview de quelques secondes au téléphone par l’animateur de l’émission… j’étais très émue et heureuse, malgré mon père qui me reprocha de façon moqueuse d’avoir fait des choix très conventionnels exprès pour être choisie. C’est vrai mes choix ne comportaient que des titres tirés du hit-parade ou presque mais c’était ce que j’aimais sincèrement !


A l’université et pendant toutes mes études la radio est devenue moins présente. J’étais très occupée, sortais beaucoup et surtout je m’étais offert une chaîne de qualité pour écouter de la musique. Je commençais à travailler et je pouvais m’acheter mes disques préférés, je n’avais donc plus besoin de la radio.

Celle-ci est revenue dans ma vie de jeune maman. J’étais le plus souvent seule avec mes enfants et les animateurs de France Inter étaient un peu l’autre présence adulte qui manquait dans ma maison. J’ai assisté aux débuts de Ruquier (que j’adorais alors que je ne peux vraiment plus le supporter maintenant) et j’ai surtout fait la connaissance de deux personnages qui ont complètement chamboulé ma vie et ma relation au monde : Daniel Mermet et La Kriss.
Daniel Mermet avec son émission « Là-bas si j’y suis » a joué un véritable rôle d’éducation populaire pour moi (dans le sens d’éducation politique et citoyenne). Grâce à lui j’ai découvert des penseurs comme Noam Chomsky, Howard Zinn ou Pierre Bourdieu et je suis allée à la découverte d’un certain monde des idées. Et puis quelques émissions m’ont marquées à jamais.
​Je me souviens d’avoir du arrêter ma petite super5 sur la route de campagne qui me ramenait de l’école où je travaillais un soir d’automne. Ce que j’entendais ce soir-là de la guerre de 14-18 était trop fort trop violent : le Chemin des dames, les mutineries, la chanson de Craonne qui prend aux tripes et soudain la prise de conscience de cet effroyable massacre que cela avait été. Il m’a fallu du temps pour reprendre mes esprits et redémarrer vers la vie. Et puis Valentine retrouvée dans une église au milieu des cadavres au Rwanda… et puis tant d’autres encore témoignant de l’absurdité de notre monde mais aussi de l’espoir.
Et comme un miroir La Kriss avec ses « portraits sensibles », allant de sa voix qui ne quittera jamais mes oreilles à la rencontre de personnes de la vie de tous les jours à l’origine de projets humanistes dans leurs quartiers, leur ville, pour de délicieux entretiens.

Quand la télévision a quitté ma maison, la radio est devenue mon seul moyen de me tenir informée (avec progressivement l’entrée d’internet) et j’ai pendant très longtemps écouté les journaux du matin. Aujourd’hui que j’ai plus de temps, je n’écoute plus les journaux je recommence progressivement à les lire. Et je suis devenue une aficionados du podcast avec une préférence pour tous les documentaires de France Culture, une autre façon de s’informer sur l’état de notre monde !

(Chronique sensible du 21 Mars 2018)

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