« N’oublie jamais de regarder si celui qui refuse de marcher n’a pas un clou dans sa chaussure ».
J’ai rencontré cette citation de Fernand Deligny (dans son ouvrage Graine de crapule) il y a 14 ans alors que je me formais à la pédagogie institutionnelle. Elle m’a toujours impressionnée par tout ce qu’elle exprime en si peu de mots et aussi clairement. Beaucoup y est dit sur la posture de l’adulte éducateur, la bienveillance, la compréhension d’une situation et ce qui peut faire qu’elle est bloquée. Avec des amies puis mes filles depuis qu’elles sont elles-mêmes rentrées dans le monde de l’animation et qu’elles mènent ce travail de réflexion sur l’humain on en a même fait une petite phrase fétiche. Quand quelqu’un de notre connaissance râle beaucoup ou a de grosses difficultés relationnelles par exemple, on se dit : « lui, il doit avoir un gros caillou dans sa chaussure » (oui au passage le clou s’est transformé en caillou). Cela nous permet de rester le plus possible en empathie avec lui (même si parfois c’est difficile si nous sommes nous-mêmes au cœur du conflit.)

J’ai conscience maintenant après avoir fait un long travail thérapeutique et écouté les vidéos d’Isabelle Padovani  (que je vous conseille vivement si vous souhaitez comprendre ce qu’est la communication non-violente et comment on peut l’adapter à nos conflits internes) que nous avons de nombreuses parts en nous qui souvent s’affrontent. C’est ce qui nous fait ruminer, nous empêche de faire des choix parfois, nous empêche aussi d’être en amour avec nous même. Chaque part représente l’un de nos besoins. Isabelle Padovani nous conseille de nous les représenter sous forme de personnages (réels ou imaginaires) pour bien les différencier (ce n’est pas simple au départ mais avec l’habitude on arrive à bien les repérer et écouter leur « dialogue »).

chaussure

Imaginez maintenant toutes vos parts en route pour une superbe randonnée. Tout le monde se réjouit et démarre d’un bon pas. Le paysage est somptueux et la faune et la flore très riches. On entend des ohhhh ! Et des ahhhhhhhh ! Il n’y a que la petite part derrière qui ne participe pas à cet enthousiasme général. Elle a un clou dans sa chaussure. C’est un tout petit clou, pour toutes les autres, il est invisible mais, justement il appuie exactement à l’endroit où ça fait terriblement mal quand elle pose le pied. Elle ne pense plus qu’à ça. Elle ne voit plus les oiseaux, la vue superbe. Elle commence à traîner la patte, à dire qu’elle veut rentrer à la maison, que vraiment elle n’a pas envie de faire cette balade. Mais les autres lui disent la beauté de l’aventure et insistent : « regarde comme ces fleurs sont belles, savoure ce moment, il est rare, mesure ta chance d’être ici et là ! » Mais la petite part boude. Elle chouine. Elle ne veut pas profiter, elle veut qu’on s’arrête et qu’on lui enlève une bonne fois pour toutes ce maudit clou. Les autres essaient alors de la rassurer : « mais non, tu crois que c’est un clou, mais attends un peu tu verras, il faut juste que tu t’habitues à la forme de ta nouvelle chaussure, sois patiente ! Et puis c’est ridicule, petite part, on a fait tant d’efforts pour pouvoir faire cette randonnée, on a travaillé dur pour y arriver et toi tu voudrais déjà faire demi-tour ? » Puis comme les gémissements continuent, elles s’agacent : « tu vas finir oui, tu nous empêches de profiter de la vue, la randonnée va être gâchée à cause de toi ! » Alors la petite part qui avait un clou dans sa chaussure culpabilise, elle s’en veut de ralentir le groupe. Pendant un moment on ne l’entend plus elle avance en essayant de penser à autre chose et d’oublier sa douleur. Et soudain c’est la tempête. Elle explose de douleur. Elle hurle qu’elle n’en peut plus, qu’elle préfère mourir que de faire un pas de plus. Devant les autres sidérées par autant de violence et de colère, elle retire sa chaussure et dévoile son pied ensanglanté et meurtri. On arrête le voyage pour un moment, on sort la trousse de secours, on vérifie la chaussure et on découvre un minuscule clou à peine plus gros qu’une puce. Comment un si petit clou a-t-il pu faire autant de dégâts ? Bien sûr toutes les parts regrettent de ne pas avoir écouté la petite plus tôt. Elles la prennent dans leurs bras, la cajolent, la rassurent. Tout doucement, en prenant soin du pied blessé de la petite part, tout le monde se remet en route, au cœur des somptueux paysages en promettant de toujours écouter la petite part !

Régulièrement sur le chemin de la vie nous avons une petite part en nous qui refuse de coopérer. Cela peut se traduire par une grosse fatigue, une grande colère, un mal-être, des relations conflictuelles, de la tristesse, du stress. L’un de nos besoins (ou plusieurs parfois) n’est pas nourri. Prendre soin de soi c’est prendre le temps d’écouter cette petite part qui ne veut plus suivre les autres. Puis trouver une solution, pour qu’elle veuille bien continuer la route avec les autres !

Je vous souhaite une belle randonnée sur le chemin de la vie et une bonne journée !

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