Pendant longtemps je me suis sentie déracinée. Ou plutôt sans racine. En effet je ne me souviens pas d’avoir eu le sentiment d’avoir des racines ou qu’à un moment on m’ait arrachée à ma terre.
Je me sentais donc sans racine, sans attachement. Mon histoire et celle de mes parents ont voulu ça, beaucoup de déménagements pour eux comme pour moi et des lieux de vie éloignés de la famille elle-même assez dispersée. Pourtant je suis née quelque part, à Lyon,  (enfin Bron précisément) et à l’époque l’essentiel de ma famille,  oncles et tantes, grand-mères y vivaient. Mes racines pourraient donc être logiquement à Lyon. Mais je n’ai passé que 5 années dans cette ville les premières de ma vie et j’y ai si peu de souvenirs qu’elle ne représente que très peu de choses pour moi.
Il y a ensuite le village où j’ai grandi entre 5 et 16 ans. J’aurais pu il est vrai m’ancrer dans cette terre matheysine, mais l’entrée dans l’âge adulte m’a fait perdre le peu de contacts que j’y avais et mes parents n’y habitant plus je n’y suis jamais retournée ou simplement pour un court passage de quelques heures.
Ensuite ma vie adulte a vu s’enchaîner les changements de région jusqu’à l’Alsace où je vis depuis 18 ans maintenant. Mais même si j’aime beaucoup Strasbourg, une chose est sûre, je ne suis pas alsacienne !
Pendant longtemps j’ai été donc de nulle part et de beaucoup d’endroits en même temps. Un statut pas forcément très confortable mais pas vraiment désagréable non plus.
Il y a 4 ans lors d’une session thérapeutique, les accompagnants nous avaient guidés pour construire mentalement notre refuge. Un endroit imaginaire dans lequel nous pourrions par la suite en cas de « crise » (grosse colère, conflit, peur etc…) nous installer en pensée afin de nous apaiser. Une sorte de « happy place » comme appellent ça les américains. J’avais adoré cet exercice et décrit mentalement avec beaucoup de minutie un petit lac de montagne, entouré de montagnes encore plus hautes, bordé d’herbes, de rochers, de fleurs, avec quelques cris de marmottes au loin. Je m’y suis souvent rendue, en pensées, dans des moments un peu difficiles et toujours il a rempli son rôle de m’apaiser et de m’aider à y voir plus clair.

être né quelque part et se sentir d'ailleurs

Aujourd’hui j’ai fait une rando vers deux lacs au bout d’un plateau à 2350 m d’altitude. Un grand classique familial puisque l’année dernière, alors que nous y passions sans presque nous arrêter à cause du temps glacial avec mes parents, ma mère me racontait que la première fois ( d’une longue série) que j’y étais montée j’avais 14 mois, dans le dos de mon père. Aujourd’hui j’ai fait cette ascension seule et c’est sous un merveilleux  soleil que je suis arrivée au deuxième lac. J’ai pu m’installer et l’observer tranquillement car comme j’étais partie tôt,  j’étais quasiment seule. Peu à peu, de pensées en pensées j’ai senti une émotion forte m’envahir et je l’ai reconnu ! Mon refuge, mon  » happy place » était là sous mes yeux ! J’y étais, mais pas dans mon imagination, non dans la réalité !
Il y a quatre ans, alors que je n’étais pas venue ici depuis longtemps, au cours d’une méditation guidée, mon inconscient avait recréé ce lieu avec beaucoup de précision ! Magique !
Mais au final pas si étonnant que ça. C’est vrai que ce lieu est précieux pour moi. Pour faire cette randonnée on part du village où se sont rencontrés mes parents. Ils n’y ont jamais vécus. Mais mon père y a passé des vacances d’enfance avec ses parents, puis jeune adulte il y a rencontré ma mère et ils y ont passé quelques étés. Pendant toute ma vie je suis revenue régulièrement ici, à toutes les saisons. C’est un lieu fort pour l’histoire de notre famille. Aujourd’hui je le trouve magnifique et je m’y ressource comme à nul autre endroit, seule ou avec mes parents racontant leur histoire et tout leur amour pour cet endroit.
Alors c’est vrai je ne serai jamais de ce pays-là je n’y ai pas de racines, mais ce midi, assise au bord du lac dans cet endroit magnifique et apaisant, je me suis dit que ce serait chouette d’en laisser pousser quelques-unes ici.
Et vous, savez-vous où sont vos racines, avez-vous trouvé l’endroit où vous aimeriez les laisser pousser ? Écrivez un petit texte à ce sujet et envoyez-le moi par mail je serai ravie de vous lire !

Ps : pour la petite anecdote toutes les photos de ma randonnée ont cette couleur, un filtre bleu s’étant glissé discrètement dans les réglages de mon appareil. Un peu comme si cet endroit ne voulait pas se dévoiler !  

 

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