Les souvenirs sont étranges. Avec le temps ils se déforment et souvent prennent une allure qui nous arrange un peu, que ce soit dans le plus beau ou le plus grave. Un moment joyeux devient extraordinaire, une petite égratignure, une blessure de guerre… et tout cela, sans que nous en ayons conscience. La façon dont nous vivons les événements est unique et complètement subjective. Quand je compare mes souvenirs de mêmes événements à ceux de mes frères et sœur ils sont le plus souvent très différents. Notre rang dans la fratrie, notre âge au moment de l’événement relaté, notre sensibilité, notre vécu font qu’inévitablement certains incidents qui m’ont marqués à vie sont insignifiants ou presque aux autres témoins de la scène.

Et puis il y a tout ce dont on ne se souvient pas parce que nous étions trop petit. L’avant notre naissance bien sûr et nos premières années. Là encore, le raconter, c’est faire appel à un souvenir, mais le souvenir du récit qu’on nous a fait ! Une double subjectivité donc.

Mais voici quand même en vrac un peu de ce dont je ne me souviens pas.

Je suis née à Bron en 1971. Je crois que ma naissance s’est plutôt bien déroulée. Je suis l’aînée de ma fratrie alors pendant trois ans ce fut mes parents et moi dans notre F3 de l’avenue Général Frère à Lyon. Enfin surtout ma maman et moi car mon père faisait encore son service militaire (qui à l’époque durait deux ans) au moment de ma naissance puis a enchaîné avec un poste de professeur assez loin de la maison.

J’ai été un bébé facile. Ce qui a surtout marqué ma petite enfance c’est mon accident à 4 mois et demi. Je suis tombée des bras de ma mère et j’ai été hospitalisée pour une fracture du crâne.
Je n’ai eu aucune séquelle physique de cet accident mais cela a beaucoup marqué ma relation à la vie et à ma mère. J’ai été hospitalisée dans un service qui n’était pas pédiatrique et ils n’avaient pas de lits à barreaux. J’étais attachée dans le lit dès que j’étais seule et ma mère n’avait le droit de venir me voir qu’une seule heure par jour. Même si mon hospitalisation a été très courte cela a développé chez moi une grande blessure d’abandon dont j’ai pris réellement conscience en thérapie il y a quelques années, mais qui a conditionné ma relation aux autres et à la vie. Et pour ma mère cela a été très dur aussi, car en plus de porter la culpabilité de ma chute, elle a eu aussi à vivre cette séparation.

En dehors de cet événement ma petite enfance a plutôt été légère et heureuse. Je faisais beaucoup d’activités, nous partions très souvent en vacances, faire du camping, à la campagne à St Germain dans la maison de famille de ma grand-mère paternelle, à la montagne au Chazelet ou à Bourg d’Oisans.
J’ai plutôt bien accueilli mon petit frère qui est arrivé quand j’avais trois ans. Je ne pense pas avoir été très jalouse au moment de sa naissance en tout cas on ne me l’a pas raconté. Si je l’étais (et j’ai des souvenirs de l’avoir été plus tard) j’ai bien su le cacher !

Ma mère était institutrice dans une école du quartier et la journée j’allais chez une nourrice (que j’appelais Maman Lafont) qui habitait notre immeuble et qui avait une petite fille du même âge que moi. A l’âge de trois ans j’ai suivi ma mère à l’école et mon intégration a été facile. Je crois que j’ai tout de suite aimé ça. Mes cahiers de l’époque témoignent de beaucoup d’application et de plaisir à dessiner et calligraphier.

Mes grand-mères vivaient aussi à Lyon donc nous les voyions souvent ainsi que le reste de la famille, oncles, tantes, cousins et cousines. J’étais la première petite fille du côté de mon père et la première fille de la « petite dernière » du côté de ma mère. Je crois que de tous les côtés j’étais vraiment choyée sans être pour autant « pourrie gâtée ». Mon grand-père paternel est mort lorsque j’avais deux ans, d’une crise cardiaque alors qu’il était au volant. Il avait cinquante ans. J’avais une belle relation avec lui, il m’aimait beaucoup d’après mes parents. C’est le seul grand-père que j’ai connu et pendant longtemps sans même avoir de souvenirs de lui, j’ai regretté tout ce que nous aurions pu faire ensemble.

La période de mes non-souvenirs se termine à l’âge de cinq ans, au moment où toute la famille a quitté Lyon pour de nouvelles aventures !

Je t’invite à ton tour à plonger dans tes non-souvenirs !

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